INTRODUCTION SCÉNARISTIQUE

PRÉLUDE : LES VAMPIRES

Depuis la nuit des temps, de puissantes créatures immortelles hantent les ténèbres à l’abri de nos regards. En quête du précieux sang coulant dans nos veines, ces parasites cafardeux survivent en se nourrissant à nos dépends, se jouant moqueusement de nous, comme si nous n’étions que de vulgaires pantins. Dans les contes et les histoires, nous les appelons Vampires, mais dans leur jargon intime ils sont surnommés Caïnites* ou Kindreds.

Afin de se cacher de notre vue, ces créatures surnaturelles ont dû se bâtir une société secrète entre les failles de notre civilisation. Comme un rideau entre nos deux mondes, les vampires ont su établir des règles et des mécanismes sociaux pour occulter leur présence. Un rideau qu’ils surnomment la Mascarade**.

Pour bien comprendre le fonctionnement de leur société tordue, il faut savoir que la plupart des vampires sont endoctrinés à certains codes moraux valorisant à la fois la loi du plus fort et celle des plus rusés. De facto, pour se démarquer les uns des autres, tous les coups sont permis. Magouilles, violence et chantage sont d’ailleurs des outils de prédilection. Guidés par des instincts bestiaux, les vampires sont également des créatures manipulatrices, orgueilleuses et égocentriques. En groupe, ils n’ont aucune pitié à s’arracher richesses, influences et pouvoirs, dans le seul but de satisfaire leurs plus bas désirs. Cette coutume plutôt lugubre est appelée la Jyhad***.

[*] Caïnite : Dérivé du nom de Caïn, le premier vampire.
[**] Mascarade : La Mascarade est un terme utilisé pour qualifier l’effort collectif de tous les vampires à rester invisibles aux yeux des mortels.
[***] Jyhad : La Jyhad est un conflit éternel impliquant les anciens vampires et les plus jeunes. Il s’agit en quelque sorte d’un jeu de manipulation où les plus vieux utilisent les plus jeunes pour arriver à leurs fins. Tous les vampires font partie consciemment ou inconsciemment de cette partie d’échecs à grande échelle.

En joignant les rangs de PARIAS vous aurez à incarner une de ces créatures. Une fois de l’autre côté du voile, vous aurez à mettre de côté votre humanité, car vous serez tous témoins d’un univers dépravé et complètement tordu.

INTRODUCTION SCÉNARISTIQUE

Le mythos vampirique est aussi vaste et profond que les océans. Entrelacé par l’histoire de l’humanité, le tracé historique de la civilisation vampirique se dessine de l’ère pré diluvienne jusqu’à aujourd’hui. De nombreux événements marquants, tels que l’édification de la première cité, le déluge de Noé, la chute de l’Empire carthaginois, la levée de l’Inquisition espagnole, ou encore l’institutionnalisation de la Camarilla, laissèrent des traces indélébiles dans les livres d’histoire des Caïnites. Traces encore visibles pour ceux qui savent porter attention aux détails.

Pour les habitués de Vampire, nous nous sommes donc assurés d’un certain dépaysement sans toutefois perdre l’entièreté du bagage historique. Dans le contexte que nous proposons à Parias, nous superposons un tout nouveau chapitre dans ce grand livre d’histoire. Que vous soyez vétéran ou néophyte, notre univers est conçu de façon à convenir à quiconque souhaiterait joindre l’aventure. Cela étant dit, pour entreprendre vos premiers pas dans notre univers, vous devrez prendre connaissance des éléments suivants.

« OCTOBRE ROUGE »

Le début de notre histoire s’introduit par une série d’incidents catastrophiques. Incidents qui bousculèrent l’ensemble de la société vampirique et qui, ultimement, précipitèrent les descendants de Caïn au bord du précipice. De nos jours, les vampires qui ont encore souvenance de cette époque surnomment cette page d’histoire Octobre Rouge.

Octobre 2011, sur la côte Est Américaine. Une altercation des plus banales entre une meute de vampires du Sabbat et des vampires de la Camarilla entraine un conflit majeur entre les deux sectes. Ce qui se voulait une simple histoire de conquête entre quelques têtes froides du Sabbat et de la Camarilla se transforma en une croisade sanguinaire. On ne sait trop comment le conflit dégénéra, mais cette querelle « locale » traversa les frontières continentales et se termina par la quasi-extinction de la civilisation Caïnite. À l’issue de ce conflit étrange, les deux institutions vampiriques que furent la Camarilla et le Sabbat s’effondrèrent irrémédiablement. L’escalade de violence fut telle que les anciens vampires et les Methuselahs* qui se terraient dans leur trou depuis des siècles, n’eurent d’autres choix que de s’en mêler. Telles des reliques appartenant à une autre époque, plusieurs d’entre eux payèrent le prix de leur obsolescence. Inadaptés à la modernité, ils furent nombreux à périr sous les claquements de balles de fusils, ou à être dévorés par de plus jeunes vampires assoiffés de pouvoir.

La guerre perdura pendant plus d’une année. Et c’est à peine en quelque trois cent cinquante jours que s’écroulèrent cinq cents ans d’histoire. La Camarilla et le Sabbat s’écrasèrent avec absurdité, sous l’obésité de leur propre structure.

[*] Methuselah/Mathusalem = Vampire excessivement vieux. Rien à voir avec l’excellent film de Marc Labrèche.

« ANOMALIE ZÉRO »

Comment? Qui? Et où? Toutes ces questions n’ont plus d’importance de nos jours. La Camarilla et le Sabbat ne sont rien de plus que des stigmates du passé et aucune force ne saurait les ramener de leurs cendres. Suite à l’effondrement des deux sectes, plusieurs domaines vampiriques* pansèrent leurs plaies et se relevèrent pour former leur propre microcosme sociétal. Manifestement affaiblis par la guerre, les vampires qui avaient survécus érigèrent sur les décombres du passé quelques médiocres bastions à peine autosuffisants. Au fil des mois qui suivirent les événements d’Octobre Rouge, les plus jeunes vampires reprirent peu à peu le flambeau de leur société et oublièrent les sectes auxquelles ils avaient autrefois voué allégeance. Ainsi débuta une nouvelle ère.

Sur la ligne temporelle de Parias, Octobre Rouge est le moment précis où la société vampirique s’enfonça au plus profond du baril. De nos jours, les archivistes de la nuit** attribuent à cet incident le qualificatif d’anomalie zéro. Dans le jargon scientifique, on dit que l’anomalie zéro caractérise toujours le point de départ d’un événement catastrophique. Octobre Rouge serait donc l’anomalie zéro de la fin du règne des vampires sur l’humanité. Pour faire une analogie toute simple, nous pourrions comparer ce moment à un ouragan où l’anomalie zéro serait représentée par les premiers coups de vent ou encore les nuages sombres à l’horizon. Or un tel avertissement serait un signe précurseur permettant d’anticiper la tempête avant que celle-ci ne fasse rage.

Mais tristement, de par leur nature égocentrique, les vampires qui survécurent à Octobre Rouge n’eurent pas le flair d’entrevoir à l’horizon un nuage beaucoup plus sombre qu’Octobre Rouge. Un nuage noir comme la nuit : John Praxton.

[*] Domaine vampirique : Une cité humaine abritant des vampires socialement organisés.
[**] Archiviste de la nuit : Les chroniqueurs et les historiens du mythe vampirique se surnomment ainsi de nos jours. Au même titre qu’un Noddiste ou un archéologue, par exemple.

LE « PRAXTONGATE »

Les années qui suivirent Octobre Rouge se succédèrent sans remous ni perturbations. La routine s’installa de nouveau et la plupart des vampires crurent que l’orage était passé. C’est là qu’ils se trompèrent alors qu’un vampire du nom de John Praxton devint une star planétaire lors des incidents du Praxtongate.

Par un beau soir hivernal de l’année 2012, un vampire Anarch** du nom de John Praxton brisa irrémédiablement le voile de la mascarade à l’échelle intercontinentale. Profitant de la commotion causée par la guerre entre le Sabbat et la Camarilla, John Praxton manigança un attentat des plus colorés afin de dévoiler au commun des mortels l’existence du surnaturel. Par d’habiles maniements d’influence et un tour de passe-passe quelconque, John se dénicha un laisser-passer pour une entrevue sur le plateau du Jay Leno Show. Et alors que la plupart des vampires étaient préoccupés à panser leurs plaies, John Praxton profita des millions de téléspectateurs rivés devant leur écran pour faire son coming-out vampirique…

Nul besoin de vous faire état de la stupéfaction des téléspectateurs et des artistes présents sur le plateau. Au gré des réseaux sociaux, il ne fallut que quelques secondes pour engorger des millions de pages Internet de séquences vidéo où l’on pouvait apercevoir le jeune Brujah manifester ses capacités surnaturelles. L’objectif de John Praxton consistait manifestement à briser le voile de la mascarade et à changer les règles de la Jyhad. Et ce fut mission accomplie!

C’est ainsi que la fragile Mascarade des vampires s’écroula comme un château de cartes, balayée par un coup de vent. Et tout ça sous le regard impuissant des Kindreds qui assistèrent à l’émission. Tétanisés devant l’irréalisme de la scène, les vampires témoins du spectacle réalisèrent qu’à ce moment précis, leur existence allait changer à tout jamais.

Dans les instants qui suivirent l’incident du Praxtongate, on raconte que de nombreux vampires dilapidèrent des montagnes d’argent et remuèrent des réseaux entiers d’influence pour camoufler l’affaire. Au prix d’une quantité incalculable de ressources, le coup d’État de John Praxton passa finalement pour un canular. Les dégâts causés par l’affaire Praxton laissèrent toutefois une marque permanente sur le voile de la mascarade. Plusieurs hommes et femmes furent témoins du surnaturel et n’oublieraient jamais ce qu’ils ont vu. Des politiciens, des personnalités importantes du gouvernement et d’autres membres de l’élite humaine s’intéresseraient maintenant aux vampires.  Curieusement, John Praxton disparut sans laisser de trace quelques jours après l’incident. On raconte que le gouvernement américain lui aurait mis le grappin au collet et que, depuis, personne n’aurait entendu parler de lui…

L’OURAGAN

Pour reprendre l’analogie de l’ouragan, les événements du Praxtongate seraient en quelque sorte notre point de non-retour. C’est-à-dire qu’à ce stade, les jeux sont faits, il n’y a plus rien à faire. Les vampires se retrouvèrent pris au piège, au beau milieu d’un inévitable maelström.

Suite au dévoilement de Praxton à la télévision nationale, plusieurs Caïnites craignirent une seconde Inquisition. La plupart d’entre eux se cachèrent dans l’espoir d’éviter ou d’encaisser la tempête. Néanmoins, les vampires du monde entier évitèrent de peu cette soi-disant seconde Inquisition. En contrepartie, ils assistèrent à l’élévation du « genre humain » au sommet de la chaîne alimentaire.

Le tour de force de Praxton au Jay Leno Show sombra éventuellement dans l’oubli. Comme la plupart des buzzs Internet, l’effet viral des séquences vidéo impliquant John Praxton se dissipa aussi rapidement qu’un feu de paille. Les efforts déployés par les Kindreds pour étouffer l’affaire semblèrent porter fruit. Et l’histoire de Praxton se transforma progressivement en un simple mythe urbain.

Néanmoins, avec l’incident Praxton, plusieurs mortels savaient maintenant qu’ils n’étaient plus « seuls ». Devant la crainte de l’inconnu, plusieurs instances gouvernementales et corporatives entreprirent des démarches pour se défendre et se munir d’outils afin de combattre ces créatures. Conséquemment, au fil des années qui suivirent, l’humanité assista à de nombreuses et étonnantes percées technologiques. Financés par d’importants regroupements corporatifs, des domaines tels que la médecine, l’informatique et le développement militaire progressèrent à une vitesse terrifiante. Et de ce processus d’auto-préservation collective naquirent les premières mégacorporations.

ET RETOMBE LA POUSSIÈRE…

Une fois la poussière retombée sur les incidents d’Octobre Rouge et du Praxtongate, la plupart des regroupements vampiriques des grandes villes s’isolèrent les uns des autres. Avec seulement un tiers de la population Kindred ayant survécu au conflit, de nombreux domaines vampiriques n’arrivèrent jamais à se relever. Sans structure, sans idéaux et sans les anciens pour tirer les ficelles, la collectivité vampirique entra dans un second Âge des ténèbres. Par la force des choses, les Caïnites se réorganisèrent en microsociétés, majoritairement dans les grands centres urbains, laissant pour morts les domaines vampiriques plus faibles et moins populeux. D’un point de vue clanique, certaines familles plus affaiblies que d’autres s’écroulèrent dans le processus. Le clan Setite et le clan Giovanni, pour ne nommer que ceux-là, en sont de très bons exemples. À l’inverse, d’autres profitèrent du momentum pour renaître de leurs cendres et réclamer une place dans la société Kindred. Le clan Cappadocian et le clan Salubri sont les exemples les plus notoires. Ultimement, tous ces changements modifièrent drastiquement les règles de l’échiquier de la Jyhad. Pour le meilleur et pour le pire!

L’ÈRE « CYBERPUNK »

Afin de nous amener progressivement à notre thématique Cyberpunk, il est maintenant temps de faire un bond dans le futur. À l’époque où se déroule Parias, l’humanité compte plus de quinze milliards d’habitants. Le panorama du quotidien est pour ainsi dire méconnaissable! D’immenses mégapoles abritent des millions d’habitants alors que les régions rurales se retrouvent peu à peu à l’abandon. La majorité de ces petits villages appartient aux grandes industries agricoles qui se servent de leur superficie pour produire de la nourriture en grande quantité.

En milieu urbain, les androïdes, les panneaux publicitaires holographiques et les gratte-ciels touchant les nuages sont monnaie courante. Le cyberespace est maintenant un aspect banal (mais essentiel) de la société, tandis que le contrôle de l’identité par voie technologique fait désormais partie des mœurs acceptées par la population. Parmi tous les progrès de la civilisation, l’humanité assista notamment à la naissance des premières intelligences artificielles, à l’application commerciale de la cybernétique et au développement de la médecine dans le domaine de la génétique.

Socio-politiquement, au cours du 21e siècle l’humanité assista à une série de métamorphoses sans précédent. Suivant le modèle de l’Union européenne, deux autres superpuissances gouvernementales firent leur apparition (en l’occurrence le Conglomérat américain et la Confédération communiste). De plus, avec les lobbys et la privatisation de tous les secteurs publics des gouvernements, d’immenses empires commerciaux s’émincèrent dans la gouvernance des grandes nations. Intouchables, les mégacorporations s’élevèrent au sommet du pouvoir politique de la plupart des nations du monde.